Tunisie v2.0 par Raymond di Giovanni

Chronique du quotidien à Tunis.
Le départ en avion de Marseille se fait à l’heure…
Première impression en arrivant.. des sourires… La chape de plomb est tombée…
A la police des frontières, la policière est souriante et me dit bonjour… c’est la première fois ici qu’en arrivant et en présentant mon passeport… la personne en uniforme en face de moi me dit «bonjour» et «au revoir» et «soyez le bienvenu» formule réservée jusque là aux marchands de souvenirs et au Tunisien de base… Et en plus ça m’a l’air sincère.
Le passage au scanner se fait en toute décontraction bien qu’observé par deux filles au regard faussement sévère.
Récupération de la valise en un temps express, passage obligé au Duty Free récompensé d’un énième sourire…
Le douanier me regarde passer… c’est presque lui qui baisse les yeux.
J’observe dans le hall d’arrivée quelques militaires en grande conversation féminine et oh ! surprise une nuée de faux taxi me tombent dessus…
«T’es un vrai taxi toi ?» que j’ose ! Il lève le doigt au ciel et me répond… «C’est lui qui décide !»
Dehors idem des taxi a foison… des vrais et d’autres en maraude…
Quelque chose a changé… les gens parlent haut et fort… on ose… tout est calme, le soleil perce, le bleu est identique sinon «plus beau» qui peut dire qu’ici tant de choses se sont passées en si peu de temps… sur la route qui mène à Sidi Bou Saïd aucune trace… je remarquerai plus plus tard à la Goulette dans un champ 2 ou 3 cadavres de voitures brulées… une broutille a coté de nos nuits de réveillons et au Kram dans un terrain vague une douzaine de châssis de toutes marques… brulés… A Sidi Bou Saïd, l’Eden Café a disparu… sa belle terrasse n’existe plus.. on sait ici à qui il appartenait… victime de la révolution…
Patience dans quelque temps un autre café le remplacera avec le WIFI, j’espère.
La jeunesse est là toujours aussi insouciante, moins de policier et plus de militaires alimentés généreusement par la population… à voir les filles auprès des beaux jeunes gens en uniforme, je ne serais pas surpris que dans quelques mois le nombre de mariage augmente subitement, tout comme le nombre de petits Mohamed (Bouazizi) qui arriveront dans cette nouvelle Tunisie… la liberté comme en Mai 68 développe la libido… suivez mon regard.
Le soir le rues sont calmes, couvre feu a partir de minuit… mais une discothèque a trouvé la solution… elle organise des soirées couvre feu de minuit a cinq heure du matin… pas idiot…
Faites attention aux rumeurs … on m’avait certifié ( wouala j’ai vu !) le Sinbad de Gammarth détruit… j’y suis allé… le Sinbad est toujours là et il ne manque pas un fauteuil..
A peine si à Tunis quelques rouleaux de barbelés protègent le ministère de l’intérieur… sur l’avenue principale… faut dire que le nouveau ministre acceptant de se présenter à une cinquantaine de manifestants, s’est fait voler son manteau et son portable… Ce sont des choses que l’on ne fait pas… dans une démocratie…
J’aurai fait de même… (pour les barbelés…).
Les souks sont là ouvert… les restos ouverts, les boutiques en attente de clients.
Grève des chauffeurs et pénurie d’essence dans les stations service ?
Oui c’est vrai des queues interminables… des embouteillages tout autour des stations… j’essaie moi aussi… sans succès…
Un vieux tunisien me dit «di l’issence ? ti vient si soir à onze heure é ti trouve l’issence sans fire la queue». Effectivement le soir à dix heure… personne ! et j’ai fait le plein… complet…
Un petit changement quand même…
Invisible les 4X4 , les grosses Mercédès , les Porsche Cayenne, les Hummer et autres… aux conducteurs excités, arrogants et méprisants pour le minable conducteur d’une Mégane de location cabossée…
La Tunisie éternelle est là … elle vous attend !
La Tunisie a besoin de vous… venez ! ne l’abandonnez pas !
Venez, ce n’est pas un acte héroïque, c’est un service que vous rendez aux Tunisiens… ils ont besoin de vous pour réussir pleinement leur révolution…
Hammam Chatt le 9 février 2011
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Comme un vendredi ordinaire… à Tunis
Ce matin départ matinal… Mais moins que d’habitude… Normal je suis à Tunis !
Je quitte Hammam Chatt à quelques kilomètres de la capitale où un ami m’héberge, pour M’Ghrira où j’ai un rendez-vous… Je traverse cette campagne que généralement les touristes délaissent… la vraie Tunisie, les champs, les paysannes, les vieilles fermes du protectorat et les marchands d’oranges sur le bord de la route, comme une avalanche ou plutôt comme un camion qui aurait perdu son chargement.
Surprise un âne aux pattes avant liées traverse dangereusement la route, le voilà lui aussi épris de liberté… Il ose au péril de sa vie aller dans le champ d’en face voir si l’herbe est plus verte… Mais ici pas de snipper ! il peut !
Miracle mon rendez-vous est à l’heure… Décidément ça change… Si les Tunisiens se mettent à arriver à l’heure… On peut dorénavant s’attendre à tout !
Je plaisante… Déjà le 14 janvier, ils étaient tous à l’heure…
Retour sur Tunis et sur la route… Je m’arrête, contemplatif, juste avant les ferrailleurs et autres casses automobiles… pour regarder l’ancienne cave à vin de mon grand père inamovible… Faut dire qu’elle est en pierres… Je me souviens encore de la publicité sur les murs… «Cointreau» et «Ah! si j’avais une Peugeot», deux immenses pub qui ont bercé mon enfance…
J’en profite pour prendre un auto-stoppeur, gamin de 16 ans maximum, qui s’en va à la ville sans un sous… impossible de discuter, il ne comprend pas mon français et j’ai beaucoup de mal à saisir ses mots… Il vient de Zaghouan et va à Tunis… Je n’en saurai pas plus.
La route est calme avec quelques embouteillages à l’approche du centre ville, il fait beau, le soleil brille, le ciel est bleu… Pas un nuage… Et encore Florent Pagny sur RTCI… Je baisse mes vitres… Trop chaud.
Nous sommes le 11 février… Allez chercher ça ailleurs ?
À l’entrée de Tunis, on s’offre un beignet… J’en avais trop envie…
À l’horloge, je le lâche… en le regardant s’éloigner… Courbé, les mains en poches… il est triste et ne sait pas qu’aujourd’hui il a un avenir…
Direction l’aéroport pour vérifier si mon vol de retour n’a pas été modifié…
Pour aller Lundi à Marseille depuis Tunis il faudra que je transite par Paris .
«Ah ! bon c’est pourtant plus simple de faire Tunis – Marseille- Paris ?»
Non Mossieur !!!
Il y a des choses qu’il ne faut pas chercher à comprendre… Les plans de vols tunisiens sont parfois mystérieux… Il n’y a qu’à voir le dernier vol de ZABA.
J’en profite pour retarder mon retour à mardi, celui-ci est un vol direct… bien joué pour le même prix, je reste une nuitée de plus à Tunis… j’irai dormir à la Marsa où les nuits sont plus agitées qu’a Hammam Chatt… «et il y a ce qui faut…»
Passage rapide chez un client… sa femme insiste pour que je reste à table…
Je ne peux pas … Elle est vexée ! les Tunisiennes c’est comme ça ! faut dire que ça fait deux fois que je décline son invitation… Elle boude parce que je doute de ses talents culinaires.
À 13h40… Repas au soleil à la Marsa mais Amine avec qui je déjeune veut se mettre à l’ombre… Trop chaud le soleil en février… Oui Amine je vais t’envoyer en stage à Valenciennes … Tu chercheras le soleil… et je me remémore qu’au Sofitel de Marseille il y a quelque temps, on a refusé de me servir a 13h30…
« Le service est terminé ! » dixit le maître d’hôtel !
Autre rendez-vous à 15h à l’Amphitrite à Carthage en bord de l’eau… La plage, la mer et les parasols… Les affaires reprennent… et il le faut !
Mardi c’est la fête du Mouled et le soucis de chacun est de préparer le «Sgougou»… Dommage je vais manquer ça…
Je me console comme je peux ! Et tant mieux pour ma ligne !
Les Makroudhs Omrani de Kairouan offert par Nouha ont déjà fait… de l’effet, j’ai pris du poids ! Mais qui peut y résister ?
Pas moi !
Carthage Salammbô le 11 février 2011
Café Scipion (Service parfait, Wifi gratuit… Et musique à fond !)
